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LE TRIOMPHE DE LÉNINE (ANNO DIABOLI 310) 2227
par Charles RIVET et Michel GORIÉLOFF, Librairie PERRIN, 1927, Paris.
Résumé : Pendant que résonnent les premières mesures de l'Interplanétaire, trois ambassadeurs saturniens asexués et pluridimensionnels débarquent de leur bolide. Ils viennent se rendre compte par eux-mêmes de l'organisation sociale d'une Terre qui sous la direction d'Ultime (parachevant l'uvre commencée en son temps par Lénine) a balayé le capitalisme ploutocratique bourgeois pour instaurer le règne du communisme universel. Il faut dire que des émissions radios terriennes appellent à l'union des prolétaires de tout le système solaire et que la négociation interplanétaire sur le partage de l'énergie du soleil va bientôt avoir lieu.
Accomplissant les rêves des utopistes, les vaillantes forces bolchéviques de la Terre Rouge ont supprimé les nations et les villes, et normalisé les paysages et les climats. Grâce aux progrès de l'anthropoculture, le peuple terrien a été réduit à trois cent millions de camarades scindés en trois classes : les dirigeants dont Angel, le chef du Sovsupcom, qui siège en la cité de Lucifer, les "spès" (techniciens, scientifiques, policiers et mouchards) et les oeuvrants (camarades travailleurs). Les séances d'hypnose collective et la nourriture synthétique sont le lot de ces derniers. La famille et les autres iniquités bourgeoises, telles que l'art ont été supprimées. Arrivé à l'âge de 47 gestaires (à peu près 40 ans), chaque individu va se faire démoléculiser dans les locaux de l'Institut de Restitution Atomique.
La propagande est projetée directement sur les nuages, ressassant les oeuvres des maîtres à penser officiels : Lénine, Tolstoï et Ultime (mais pas Marx, jugé non marxiste). Les livres n'existent plus car ils étaient facteur d'inégalité. Lambiance est pesante pour les ambassadeurs saturniens. Ils sont absolument consternés de constater comment leur visite est présentée par les services de la propagande. Seuls quelques spès dont l'historienne Madali se souviennent de l'ancien passé de la planète. Des représentants de cette époque révolue ont d'ailleurs été anabiosés et on les réveille de temps à autre pour leur faire exposer les aberrations de l'ancien régime. Madali est justement la préférée d'Angel, auquel elle se refuse (comportement petit bourgeois caractérisé). Elle lui insuffle des idées passéistes telles que le bonheur et la démocratie.
S'opposant à Eskat, l'apparatchik partisan de la bolchévisation de l'Univers, ils vont permettre la fuite des Saturniens et tenter avec quelques fidèles de soulever les oeuvrants, mais ceux-ci ne comprennent pas leurs paroles de révolte. Madali et Angel se suicident pour échapper à un châtiment exemplaire. La fin approche. Les ambassadeurs ont fait leur rapport devant les responsables des autres planètes. La menace terrienne doit être anéantie. Un rayonnement inconnu empêche que la lumière du soleil ne parvienne à la Terre où toute chose finit par périr dans le froid et les ténèbres. A la dernière page, l'auteur nous révèle que tout ceci n'était qu'un rêve qu'il fit alors qu'il se trouvait en terre bolchévique pour constater de visu les exactions des nouveaux maîtres de la Russie.
Note : Ce récit danticipation se lit encore fort aisément et est beaucoup moins sentencieux que la plupart des autres contre-utopies dénonçant la mise en application d'une idéologie totalitaire (même si les 3 plus connues : "La Kallocaïne", "Le meilleur des mondes" et "1984" sont bien sûr des chef-d'oeuvres).
© Jean-Louis Brodu 2003