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LES CHASSEURS D’HOMMES

par René Thévenin, Collection Le disque rouge.

Publié en 1933 par La renaissance du livre

L’auteur nous prévient dès la première page que si l’histoire qui va suivre se présente sous la forme d’un roman, elle n’en révèle pas moins des faits authentiques. Mais, ils sont si parfaitement incroyables qu’ils risqueraient de provoquer les rires des incrédules s’ils étaient présentés comme des événements vécus. Leur publication s’imposait pourtant, même sous cette forme déguisée, car il fallait bien que quelques esprits ouverts soient prévenus de l’effrayant danger qui menace l’humanité. Voici donc l’histoire telle que l’auteur l’a entendue narrer par son ami, un correspondant scientifique au Laboratoire de Recherches Zoologiques chargé de voyager dans les pays exotiques afin d’y recueillir des spécimens rares. Ce narrateur dont nous ne connaîtrons pas le nom nous fait revivre à la première personne les différents tableaux de cette aventure exemplaire qui prend comme prétexte l’hypothèse angoissante d’un remplacement de l’humanité par des êtres supérieurs.

Résumé : De retour d’une mission en Afrique équatoriale, le narrateur est tiraillé par l’envie de repartir. Le destin se manifeste lorsque son directeur de laboratoire lui apprend la mort du docteur Salvat, un chercheur rencontré jadis en Oubanghi. Les notes de Salvat viennent de revenir, ainsi que des plaques d’argile ayant conservées la trace d’un animal inconnu dont les formes rappellent "vaguement l’apparence d’une main humaine aux doigts démesurés et squelettiques, terminés par des griffes". A première vue, ce pourrait être une sorte d’énorme lézard, un varan gigantesque, bien plus grand que les crocodiles actuels. Il ne peut s’agir d’une empreinte d’animal préhistorique puisque la terre vaseuse qui l'a conservée est de formation récente.

Le docteur Salvat eut beau organiser des battues méthodiques et interroger les indigènes, rien ne fut découvert de plus. Puis, Salvat fut emporté par la maladie en pleine forêt vierge au coeur du Congo Belge, voisin de l’Ouganda anglais ; l’un des points les moins bien explorés du globe où résident les négrilles pygmées. . . et les gorilles. La mort du docteur pose d’ailleurs un autre problème. Ses notes semblaient prouver qu’il avait succombé à une sorte de folie. Ne parlait-il pas de sa maladie comme d’un être matérialisé ; une sorte de fantôme dont il sentait la présence et dont l’action meurtrière s’était exercée sur plusieurs des indigènes qui l’accompagnaient avant de le terrasser lui aussi ! Ses notes parlent de l’autopsie qu’il a pratiqué sur un noir bantou trouvé mort sous sa tente ; le corps absolument vidé de tout son sang, sans la moindre présence d’hématozoaire ni de parasite quelconque. Les Africains disent qu’un mauvais Esprit est en cause.

La seule façon de connaître les réponses à ces mystères est bien sûr que le narrateur parte lui-même sur les lieux. La traversée nous permet de faire la connaissance de personnages que nous retrouverons par la suite : Miss Lilian Mac Carthy, la charmante et prude écossaise partie en mission humanitaire, les frères Schwarmer, deux géants roux chasseurs de gorilles et l’infâme Kamelbeck qui rejoint son poste d’administrateur. Un message TSF lui a appris que ses administrés se sont révoltés. Ils accusaient l’une des leurs de se livrer à la sorcellerie et on les a empêché de la brûler. Ayant débarqués, tous rejoignent Entebbé par le train, puis se séparent. Le narrateur poursuit sa route en compagnie des frères Schwarmer. Le village d’où provenait l'escorte du docteur Salvat finit par être retrouvé, et l’on y découvre que l’étrange maladie y a fait des ravages. Les corps des malades sont réduits à l’état de poudre blanche.

Le narrateur se moque de la description de ce mauvais Esprit que les Ba-Toua de la forêt ont fait à son interprète Moundjo : une femme à la peau lumineuse et transparente comme plus blanche que celle des Blancs, un front si haut qu’il paraît surmonté d’une couronne d’ivoire, des mains effilées qui ne portent pas d’ongle ; son talon n’apparaît pas sur les empreintes qu’elle laisse, et l'on n’y voit que la trace de quatre doigts. Une chasse au gorille vient faire oublier le mystère de l’étrange maladie, alors que la recherche de l’animal mystérieux s’oriente vers l’hypothèse renouvelée d’un grand varan dont la peau a servi à confectionner le bouclier d’un guerrier Va-Koumba.

Puis, l’on apprend que Kamelbeck ayant pris son poste veut à son tour faire brûler la femme accusée d’être sorcière et que Miss Lilian qui se trouve également dans les environs est entrée en conflit avec l’administrateur à ce propos. Ayant rejoint Kamelbeck, le narrateur et Otto, l’un des 2 frères, le mènent en bateau et font évader la prisonnière condamnée. Quant à Miss Lilian, elle est introuvable. Nous en sommes donc à la moitié du roman qui va maintenant basculer de l’aventure exotique vers l’anticipation. L’auteur nous a bien préparé à méditer sur la possibilité que l’homme n’est sans doute pas le dernier mot de l’évolution sur cette planète.

Ne sachant où chercher Miss Lilian, le narrateur quitte les Schwarmer et s’enfonce dans la direction du petit lac dans lequel ses rabatteurs ont situés la présence de l’animal inconnu. Le soir venu, tous se postent à l’affût auprès du lac en espérant que le reptile refasse surface. Des antilopes viennent boire et s’enfuient effrayées. C’est alors que le narrateur peut apercevoir et tirer une longue forme grise qui nage dans le lac à la vitesse d’une torpille. Mais, il n’a pas le temps de s’en préoccuper plus longtemps. Moundjo le prévient que la Chose les poursuit. Le narrateur la voit telle qu’elle a été décrite par les autres témoins et ressent d’abord de la peur, puis de l’apaisement sous le regard fixe de l’Etre mystérieux qui disparaît peu après. Ils partent sur ses traces et la jungle qui les entoure n’est plus sauvage. On dirait qu’un mystérieux jardinier a imposé sa volonté aux plantes pour transformer en parc l’habituel fouillis végétal. Ils découvrent des traces d’un autre type. Les Ba-Toua leur avaient bien dit que la Chose était femelle et qu’elle était accompagnée de son mari. Celui-ci est plus chétif que sa compagne.

L’escorte veut se révolter, mais grâce à quelques moulinets de revolver, puis à une double ration de tabac et d’alcool, ils se remettent en marche en chantant, toute peur oubliée. Quand le silence revient, ils entendent une voix humaine dans le lointain que le narrateur reconnaît comme étant celle de Miss Lilian. Accompagné de Moundjo, il court vers la direction de la voix. Arrivant dans une vaste clairière circulaire, ils découvrent Miss Lilian qui les implore de rester à distance. Le narrateur s’élance et la rejoint. Le piège s’est refermé, car un mur invisible infranchissable l’empêche de revenir vers Moundjo. Le narrateur doit se résigner à sa captivité et enjoint à Moundjo d’aller chercher les frères Schwarmer.

Miss Lilian lui explique les circonstances de sa captivité et lui fait visiter leur petit paradis taillé par une force inconnue dans la jungle. Elle a été capturée par la Chose qui lui a laissé sa conscience propre. Ils comprennent qu’ils ont été réunis car les Etres mystérieux voulaient avoir un couple d’animaux favoris. Ces Adam et Eve revisités semblent être les seuls de leur espèce. Ils communiquent par des moyens subtils et font la chasse aux hommes pour leur voler leur sang au moyen d’une étrange opération de vampirisme mental. Kamelbeck à la poursuite de la femme accusée d’être sorcière connaît une fin brutale frappé par le fluide des Etres inconnus. Les bêtes sauvages qui les entourent sont apprivoisées et ils peuvent s’amuser avec des gazelles, des singes, des chats-tigres, des oiseaux et une lionne. Mais eux-mêmes ont gardé leurs distances avec les Etres afin de ne pas subir cet apprivoisement forcé.

Les absences de ceux qu’ils appellent désormais les "Chasseurs d’hommes" se prolongent. Ils semblent avoir de plus grandes difficultés à trouver leur "gibier" humain à proximité. Nos 2 prisonniers commencent à souffrir de la faim. Enfin, les frères Schwarmer accompagnés de Moundjo se manifestent à distance. Ils ont un plan pour tuer les 2 mystérieux personnages. Mais, Otto tombe sous leur coupe et devient leur chien d’arrêt, alors que son frère Hans est maintenant comme le loup qui traque à son tour les chasseurs. Hans réussit à tuer l’Etre mâle en l’étranglant de ses mains. La Chasseresse réduit en poussière le corps de son compagnon par un processus de désintégration inconnu. Epuisée par cette opération, elle doit se reposer.

C’est alors que Hans se dresse devant elle un poignard à la main. Mais au même moment, Otto s’élance pour l'affronter. Les deux frères roulent dans la poussière. Otto dégagé un instant de la puissance fascinatrice laisse échapper Hans. Puis, la Chasseresse ayant récupéré toutes ses forces part avec son fidèle Otto traquer Hans, le loup. Le narrateur et Lilian restent seuls. Un jour, les animaux apprivoisés autour d’eux redeviennent sauvages et le mur invisible disparaît. Nos deux héros rejoignent la civilisation sans savoir ce qu’il advint des frères Schwarmer ni de l’Etre femelle dont ils ignoreront à jamais le destin final.

Note : Ce roman fut publié dans "Sciences et Voyages" du mois d’octobre 1929 au mois de mai 1930. René Thévenin qui reniera son oeuvre d’anticipation vers la fin de sa vie avait travaillé au Muséum d’Histoire Naturelle. Et si "Les Chasseurs d’hommes" préfigurent les grands romans de SF exploitant le thème du surhomme mutant, les hypothèses débattues quant à l’origine des 2 êtres mystérieux tournent autour de l’idée de mutation néo-lamarckienne associée à des discussions sur les pouvoirs métapsychiques. Ce roman illustre donc l’état du débat sur les conjectures évolutionnistes de l'époque. On peut cependant y lire un autre questionnement qui commence à poindre à la fin des années 20. En effet, par delà l'aventure exotique, on y assiste au retour du refoulé de la mauvaise conscience colonisatrice.

© Jean-Louis Brodu 2003

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